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Vincennes, l’université perdue, diffusion du mercredi 23 mai 2018 à 00h50

L'Université de Vincennes, ouverte à l'automne 1968, a été créée dans le sillage des événements du mois de mai pour promouvoir un autre système d'enseignement : suppression des cours magistraux, des limites d'âge, ouverture aux paysans et aux bac - 3, naissance d'un département de psychanalyse, création de cours du soir pour les ouvriers, autant de choses impensables pour un pouvoir gaulliste à bout de souffle. Pendant douze ans, Vincennes attire les meilleurs professeurs du pays : Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Lacan, Hélène Cixous, François Châtelet, Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Madeleine Rebérioux, Jacques Rancière ou encore Robert Castel. Mais ce joyeux chaos se trouve notamment miné par des affaires de drogue. Le prétexte idéal pour détruire Vincennes en 1980. Retour sur cette aventure. Critique : Une clairière envahie d'herbes folles au coeur du bois de Vincennes : quel symbole plus frappant aurait pu dire le trou de mémoire collectif creusé autour de l'histoire de l'université qui, jadis, se trouvait là ? Virginie Linhart y a planté sa caméra pour exhumer, au gré des témoignages, les onze années d'existence de ce lieu unique où, dans la foulée de Mai 68, professeurs et étudiants ont inventé une nouvelle manière de faire « circuler la pensée ». Suppression des cours magistraux, ouverture aux salariés et aux non-bacheliers, nouveaux champs d'enseignement (la psychanalyse, le cinéma...) : l'Université de Vincennes osa toutes les expérimentations, mit en oeuvre toutes les utopies portées par l'effervescence révolutionnaire. Et réunit un éblouissant casting : Michel Foucault, Gilles Deleuze, Hélène Cixous, François Châtelet... Les plus grands intellectuels de l'époque passèrent par la « forêt pensante ». Cette mémoire ravivée charrie des émotions fortes à la hauteur des espérances d'alors et du brutal retour de bâton qui y mit fin. En 1980, « Vincennes la rouge » est condamnée par le pouvoir giscardien. En trois jours, tous les bâtiments sont rasés. L'aventure collective et les trajectoires intimes s'entremêlent dans ce documentaire que Virginie Linhart a écrit à la première personne, elle qui, petite fille, découvrait ce lieu bouillonnant sur les pas de son père. Le « joyeux bordel » de Vincennes (des AG houleuses aux luttes internes entre communistes et gauchistes), comme sa formidable réussite pédagogique, sociale et humaine revivent au fil des archives précieuses et des récits, émus ou amusés. Loin de céder à une vaine nostalgie, le film résonne aussi comme une belle invitation à (re)penser l'enseignement d'aujourd'hui, délestée de l'injonction de la performance et du formatage. — Isabelle Poitte