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Vie sauvage, diffusion du mardi 06 mars 2018 à 00h40

Un père kidnappe ses enfants pour les élever en pleine nature. Un film grave sur l'abus d'autorité parentale, où Kassovitz et Céline Sallette sont impeccables. Critique : Il y a six mois à peine, un autre film (La Belle Vie, de Jean Denizot) abordait à peu près la même histoire : comment un père soustrait ses deux enfants à la société — et à leur mère qui porte plainte — pour vivre en semi-autarcie dans la nature. Le réalisateur y puisait une matière romanesque, faisant du père en cavale un ­ermite philosophe, suffisamment sage pour comprendre qu'à l'adolescence, attiré par les filles de la ville (un danger bien connu des mères), son aîné rentre dans un chemin plus classique. Ce que raconte Cédric Kahn, en s'inspirant de l'histoire vraie de la famille Fortin, fait divers rapporté par la presse, est autrement plus âpre. Le cinéaste suit le père et ses deux enfants en fuite permanente, reléguant au ­second plan la mère et les années de procédures pour faire arrêter son ex. Mais il n'avantage aucun des camps, évasif sur les intentions idéologiques de la « vie sauvage » (vieux mirage ­baba ou utopie de la décroissance ?), pas indulgent avec ce qui attend les nomades s'ils se sédentarisent dans la famille maternelle — un pavillon de banlieue sinistre... Le seul parti qu'il prend est celui des enfants : dociles parce que manipulables quand ils sont tout jeunes, plus indécis quand les voilà ados. Les bons côtés, liberté, communion avec la nature, n'ont qu'un temps, et ne ­valent jamais le prix à payer, celui de la clandestinité et de la haine. Leur père, ce héros, se transforme peu à peu à leurs yeux en un jusqu'au-boutiste triste — beau contre-emploi (ou pas) pour Mathieu Kassovitz et son catogan ; leur mère (Céline Sallette) est une pasionaria qui semble plus assoiffée de vengeance que de paix. Des deux, ils sont otages. On aime la sécheresse avec laquelle le cinéaste filme chaque décision des parents comme un déchirement, tel, dès la première séquence, le départ de la mère abandonnant une vie qu'elle avait d'abord choisie. Chacun a ses raisons ? Oui, chacun a toujours ses mauvaises raisons d'être un salaud, de décider pour les autres, a fortiori au nom de l'autorité parentale. De ce point de vue-là, Vie sauvage, qui pose, sans y ­répondre, quelques questions essentielles — sur l'éducation, la norme —, porte bien son titre : la sauvagerie détruit ces gens-là. — Aurélien Ferenczi