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La maison France 5 : rendez-vous à la capitale !

Une saison en France, diffusion du mardi 18 décembre 2018 à 01h35

Abbas, professeur de français, veuf et père de deux enfants, s'est installé en France afin d'échapper à la guerre en Centrafrique. La famille tente de reconstituer un semblant d'équilibre. Alors que ses enfants sont scolarisés, Abbas vend des fruits et des légumes sur un marché. Il rencontre, Carole, une fleuriste, dont il tombe amoureux. A peine vivent-ils sous le même toit que leur amour est menacé. Le droit d'asile d'Abbas et de ses enfants est refusé. Abbas ne veut pas mettre Carole en danger : elle risque la prison pour avoir hébergé des sans-papiers. Il part avec ses enfants, laissant Carole désespérée... Critique : Ils ont fui la guerre civile qui déchire la République centrafricaine et sont arrivés en France. Pour raconter la nouvelle vie de ces exilés, le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun n’a pas fait le choix d’un réalisme brut, documentaire. Il s’est armé de délicatesse. Dès l’ouverture, le père, Abbas, et sa fille, Asma, réunis dans un moment de tendresse, sont filmés avec une superbe douceur. Mais la chanson qu’ils fredonnent ensemble, seule la mère savait bien la chanter. Et elle est morte dans les combats. Sous l’apparence d’une vie normale, apaisée, reconstruite dans la banlieue de Paris, la violence, la douleur percent. Le bel appartement où vivent Abbas et ses deux enfants donne un sentiment de sécurité ? Il faut le quitter, s’entasser dans un studio rudimentaire, avant d’en être chassés… Trouver une place : cette simple nécessité, si symbolique, hante tout le film. Le seul espoir est la Cour nationale du droit d’asile, qui pourra accorder une existence légale sur le territoire français. Mais quand Abbas s’y rend avec son amie Carole, son nom n’est pas sur la bonne liste et, pour lui, c’est un compte à rebours qui commence, susceptible de conduire à son expulsion. Alors, de rage, il donne un coup de pied à un banc dans la rue. Et, le soir venu, il pleure. Ces larmes, ce coup de pied furtif, le cinéaste en fait l’expression d’une détresse poignante. Son regard plein de retenue donne à ces personnages de réfugiés une impressionnante noblesse. Abbas, interprété par le hiératique Eriq Ebouaney, a la prestance du professeur de français qu’il était à Bangui. Comme son frère Etienne (Bibi Tanga), qui enseignait la philosophie et vit, désormais, dans une pauvre cabane. Rendre à ces hommes la dignité dont les prive le chaos du monde, c’est leur donner une présence dans une société qui semble vouloir les repousser dans l’invisibilité. Comme les autres films du réalisateur (notamment Un homme qui crie, 2010), Une saison en France émeut pour mieux inviter à la réflexion. Ici, le regard de Sandrine Bonnaire, qui joue l’amie d’Abbas, reflète admirablement le souci de l’autre, mais aussi une interrogation inquiète sur son sort incertain.