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La maison France 5 : rendez-vous à la capitale !

Only Lovers Left Alive, diffusion du lundi 30 avril 2018 à 20h50

En jouant avec les codes du genre vampire, et avec la complicité d'une Tilda Swinton sublime, Jim Jarmusch signe un beau film d’amour anticonformiste. Critique : | Genre : les prédateurs, version arty. Voilà donc le premier film de vampires de Jim Jarmusch. Des créatures dans lesquelles le cinéaste peut projeter sa solitude noctambule et dandy, mais qui apportent aussi leur lot de suspense et de romanesque : Adam et Eve (pas moins) sont assoiffés de sang, ­selon les codes du genre. Elle, c'est Tilda Swinton, plus égérie que jamais. Lui (Tom Hiddleston) vit reclus au milieu de ses guitares de collection. Ils sont tellement civilisés qu'ils se fournissent en hémoglobine dans les stocks hospitaliers, autant que possible... Jarmusch répond donc à Twilight (la saga blockbuster) et à True Blood (la série télé) en redonnant aux vampires un cachet littéraire. Adam et Eve ont croisé Shakespeare, Schubert et Einstein... Comment vivre quand on a déjà eu plusieurs vies ? Telle est l'interrogation qui hante leurs voyages immobiles ou transatlantiques — Jarmusch, ex-prince de l'avant-garde new-yorkaise, se posait déjà la question dans Broken Flowers. Mais les balades des deux héros dans Tanger et Detroit, ville fantôme, célèbrent aussi la transformation inéluctable des choses. Et disent la beauté des ruines, viviers de nouveauté en sommeil. L'autre antidote au désenchantement, c'est l'idéal du couple. Regarder passer les époques à deux, depuis le balcon de leur bizarrerie, voilà le hobby préféré des « seuls amants restés en vie », comme dit le titre. Mais attention, le grand amour selon Jim, ­vécu en partie à distance, est anticonformiste. Il peut et doit se régénérer par l'accident, la transgression. A cet égard, Jarmusch, qui prend toujours son temps, nous réserve pour la fin le meilleur, c'est-à-dire le plus saignant. — Louis Guichard