Diffusions passées:

Le rôle de la moto au cinéma

Marius, diffusion du dimanche 24 juin 2018 à 20h55

Sans trop se poser de questions, Auteuil s'empare du monument patrimonial de Pagnol et ne s'en tire pas si mal, en combinant humour et tension dramatique, dans une ambiance sombre. Critique : | Genre : patrimonial. Rétrospectivement, on peut voir La Fille du puisatier, premier film réalisé par Daniel Auteuil, comme un entraînement avant la confrontation directe avec le monument de Pagnol, ce Marius (et dans la foulée, Fanny). Pourquoi Pagnol ? Parce que Daniel Auteuil lui doit beaucoup — c'est avec Jean de Florette qu'il a connu la consécration — et qu'il croit fermement au caractère impérissable de cette oeuvre, malgré son cortège de clichés. Refaire la Provence « avé l'assent », le bar de la Marine face au Vieux-Port, la partie de cartes avec le fameux « Tu me fends le coeur ! » lancé par Raimu, il fallait en effet oser. Fanny, marchande de coquillages, aime donc depuis l'enfance Marius, fils de César, le patron du bar. Marius n'est pas insensible au charme de la demoiselle, mais il a une passion dévorante, le bateau. Va-t-il répondre à l'appel du large, faire souffrir père et prétendante ? Passé le moment de malaise (l'impression d'être dans un musée Grévin méridional), on doit convenir que le cinéaste Auteuil ne s'en tire pas si mal. Au-delà des galéjades et de la faconde, il mise surtout sur le caractère mélodramatique de cet univers confiné. Pas de cigales et de lumière en pagaille, mais des scènes d'intérieur, une part de théâtre ténébreux que le cinéaste parvient à dynamiser en variant les plans, en s'appuyant aussi sur des comédiens globalement solides. Victoire Bélézy (la Fanny), nouvelle venue, et Raphaël Personnaz (le Marius), mèche tombante, foulard bleu roulé et noué autour du cou, sont fiévreux sans être ridicules. A travers cette mini-saga dépeignant la famille protectrice et étouffante pointe une tension sourde. Comme une appréhension du chagrin, de la rupture. — Jacques Morice