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L’amour Food, diffusion du lundi 16 avril 2018 à 03h00

Chefs rock stars, foodies branchés, amateurs de bonne chère ont pris le pouvoir dans les assiettes ; décryptage d'une génération qui change radicalement l'idée que l'on se fait de la gastronomie. C'est le récit d'un changement de mentalités aussi soudain que profond, qui a fait d'une pratique considérée il y a peu comme bourgeoise et compassée un mouvement glamour et désirable. Plus globalement, il s'agit d'une prise de conscience sur l'importance de bien se nourrir, dans tous les sens du terme. De Paris à Copenhague, en passant par le Chili, des restaurants nouveau genre aux musées qui considèrent les chefs comme des artistes, sans oublier les festivals de cuisine de rue, bienvenue dans l'amour food. Critique : Pourquoi des trentenaires mettent-ils autant de passion dans l'achat d'un mixeur plongeant que dans celui d'une paire de baskets ? Qui sont donc ces « foodies » — les « groupies » de l'assiette — qui collectionnent les photos de leur repas au resto, font des selfies avec les chefs et connaissent par leur prénom des producteurs de carottes violettes ? C'est cette dévorante « foodmania », avec ses tics et ses tocs, que dépiaute, couteau et fourchette en main, le journaliste Olivier Joyard, lui-même coureur de bonnes tables et spécialiste de la pop culture, dont la gastronomie semble devenue le dernier avatar. Cool, décravatée, rameutant dans ses festivals le même public que celui des grands-messes du rock indé, la popote n'est plus une passion pour bourgeois vieillissants, et ses nouveaux héros, souvent tatoués et mal rasés, font courir à leur table — à la déco brute — un public jeune et branché. La cuisine s'expose dans les musées, remplit les rayons beaux livres de ses photos épurées, et accède doucement au rang d'art, portée par des chefs « auteurs ». Entre société du spectacle et aspiration plus profonde au bien-manger, un univers en expansion disséqué avec mordant par ses plus fins observateurs — le critique François Simon, l'historien Bénédict Beaugé —, incarné aussi par ses figures emblématiques — les chefs Alexandre Gauthier, Bertrand Grébaut, ou David Toutain dont on suit l'ouverture du premier restaurant. Derrière l'écume et les snobismes d'une mode un peu hystérique émergent des enjeux plus solides — la reconnexion avec le terroir, les producteurs... De quoi donner un fumet politique à cette révolution de palais. — Virginie Félix
