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E.T. l’extraterrestre (nouveau montage), diffusion du mercredi 25 avril 2018 à 20h55

L'alien en latex le plus gentil de la galaxie a eu 20 ans en 2002, et Spielberg lui offrit un petit lifting avec cinq minutes inédites et le gommage des armes des fédéraux. A part ça, tout est là, merveilleux vélo lunaire et douce nostalgie. Critique : Comme dirait Reggiani, votre E.T. a 20 ans, que le temps passe vite... Hier encore vous étiez si petit. Et ses nouveaux tourments sont vos premières rides... Son corps crapoussin et ses bons gros yeux en forme de « huit » couché, symbole de l'infini, n'ont pas changé, eux. Ils ont même pris un léger coup de jeune, un petit lifting digital, en l'honneur de son anniversaire. Scrutez bien, vous le pouvez : à présent, ce sont vos enfants que les larmes aveuglent. Le plus gentil des aliens a désormais acquis l'étrange fluidité des créatures virtuelles : mimiques numériques, expressivité accrue, étirement télescopique du cou. On vous a rebidouillé votre vieille marionnette, on a repeint de frais votre nostalgie. Votre E.T. a 20 ans donc, et vous jouez, presque malgré vous, au jeu des sept erreurs. En 1982, les policiers fédéraux ne se gênaient pas pour poursuivre E.T. et ses amis l'arme au poing. Trop violent pour notre douce époque : ils serrent à présent d'inoffensifs talkie-walkies... Disparues également les quelques injures bien senties et plutôt velues que les jeunes héros s'envoyaient jadis à la figure, et le mot « terroriste » dans la bouche de leur mère. Est-ce à dire qu'on est moins libre, plus timoré aujourd'hui qu'au début des années 80 ? Ne nous emballons pas. Cette ombre de « politiquement correct » ne saurait ternir vraiment le charme du cher revenant. D'ailleurs, la version 2002 nous offre cinq minutes supplémentaires, une séquence plutôt marrante où la bébête bulle au bain. Vous avez joué avec vos souvenirs, puis vos souvenirs ont joué avec vous : peu à peu, vous avez tout gobé comme il y a vingt ans, du temps où les étoiles étaient vraiment loin, mais vraiment accessibles. Cette histoire d'amour émouvante et drôle, que Spielberg osa filmer éperdument, à hauteur d'enfant. Ce vélo en apesanteur devant la Lune, comme chez Méliès. Cette scène de brume irréelle, dorée, où un petit garçon, Elliott, rencontre son rêve dans la remise du jardin, et tente coûte que coûte de le garder pour lui. Cette petite soeur, Drew Barrymore, un bout de nez et deux bouts de couettes, vous avez oublié qu'elle a grandi, beaucoup, depuis, et tourné des tas d'autres films. Vous avez rigolé, un peu ivre, comme E.T. lorsqu'il vide la réserve de bière du frigo. Et quand les hommes du gouvernement sont venus chercher ce précieux spécimen, l'ont intubé, trituré, observé, emballé dans un suaire de plastique aseptisé, vous avez vraiment cru qu'il allait mourir pour de vrai, et avec lui le gamin qui l'aimait tant. Ce que ressent l'un, l'autre l'éprouve aussi. Ce lien surnaturel, cette tendre empathie entre deux êtres un peu paumés, l'extraterrestre en exil et l'enfant de divorcés, vous a touché, encore une fois. Mais, n'est-ce pas, votre E.T. a 20 ans et vous n'en avez plus dix. Si votre éternel écolo d'outre-espace ressuscite toujours les fleurs en pot, vous, comme dirait encore Reggiani, « il y a bien longtemps qu'on vous a mis en gerbe ». L'adulte a fait prospérer la graine du mauvais esprit. Vous vous êtes repris. Vous n'avez pas agité votre menotte tremblante lorsqu'un vaisseau brillant est venu reprendre l'ami pour toujours. Certes, en 1982, après des décennies de soucoupes volantes belliqueuses, E.T. le premier, ou presque, apportait la paix. Spielberg avait l'audace d'un cinéma sentimental et fringant, d'un merveilleux scintillant. Mais c'était plus fort que vous, ça couvait depuis le début, vous vous êtes demandé ce qu'il revenait faire ici-bas, cet alien qui voulait tant rentrer chez lui ? Et puis les lumières se sont rallumées, et vous avez regardé votre bambin. Lui contemplait d'un oeil ensorcelé et encore humide les énormes E.T. en peluche exposés à l'entrée de la salle. Téléphone, maison, pognon... - Cécile Mury