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Seconds : l’opération diabolique, diffusion du lundi 22 octobre 2018 à 22h45

Après une chirurgie esthétique, un homme entre dans un univers kafkaïen. Utilisant toutes les ressources de la technique, Frankenheimer nous plonge dans un monde terrifiant… Critique : « Il n'y a pas de deuxième chance dans une vie américaine », écrivait Francis Scott Fitzgerald dans Gatsby le Magnifique. John Frankenheimer le confirme dans Seconds-L'Opération diabolique, film radical et méconnu, quasi invisible depuis sa sortie, désastreuse, en 1966. Dès le générique, signé par le virtuose Saul Bass, les très gros plans anamorphosés d'un visage en état de panique donnent le ton : c'est un cauchemar paranoïaque que va raconter le réalisateur d'Un crime dans la tête. Dès les premières séquences, le héros est traqué par la caméra, dans un monde qui semble vaciller autour de lui... A 50 ans, Arthur Hamilton a réussi sa carrière dans la banque, mais son existence routinière le plonge dans la dépression. Une mystérieuse organisation (que Frankenheimer dépeint, avec un humour très noir, comme une compagnie d'assurances, ambiance kafkaïenne en prime), lui propose de changer de visage et d'identité. Marché conclu : l'homme d'affaires au physique banal (interprété par John Randolph) prend les traits glamour de... Rock Hudson. Il rêvait d'être artiste dans sa jeunesse ? La société secrète lui offre un statut de peintre bohème chic, confortablement installé dans une villa avec majordome sur une plage de Californie. C'est l'occasion pour le cinéaste de railler l'émergence de la contre-culture hippie à travers une scène délirante (et un peu longue) d'orgie bachique. Mais aussi de dénoncer les mirages du rêve américain : la nouvelle vie d'Arthur Hamilton est aussi superficielle, aussi contrainte, aussi angoissante que la première. Les cadrages déformants à la courte focale, le noir et blanc hyper contrasté et la musique dissonante de Jerry Goldsmith entretiennent le malaise. Jusqu'à la tétanisante scène finale, d'une violence inattendue. — Samuel Douhaire | Seconds-L'Opération diabolique, de John Frankenheimer (1966) | En salles.
