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Le rôle de la moto au cinéma

Journal d’une femme de chambre, diffusion du mercredi 19 décembre 2018 à 00h20

Après Renoir et Buñuel, Jacquot adapte le roman satirique d'Octave Mirbeau. Cela donne un film sombre et fort sur la condition féminine et l'esclavagisme moderne. Critique : | Genre : violences des échanges... « Il n'y a pas de mauvaises places, il n'y a que de mauvais maîtres. » La tête et le corps bien faits, Célestine ne courbe l'échine que si on le lui demande gentiment. Placée chez une famille bourgeoise de province, la jeune bonne doit affronter Madame, vipère mesquine, et Monsieur, adepte du droit de cuissage. Tout près rôde Joseph, le jardinier rustre que seule anime sa haine des Juifs... Après Renoir et Buñuel, Benoit Jacquot s'empare du roman d'Octave Mirbeau, publié en 1900. Inégalité des sexes, brutalité du monde du travail, tentation extrémiste des petites gens : le passé l'intéresse comme le reflet cruel de la modernité. Un jeu de miroir qu'il met encore une fois en scène à travers le parcours d'une jeune femme, objet de désir, mais pas seulement. A la fois cynique et attachante, Célestine a beau être une victime, elle a le panache insolent des soubrettes de Molière et la fragilité dangereuse des mal-aimés. Dans la maison de maître, le quartier des bonnes est filmé telle l'antichambre de la prostitution. Et les mécanismes de l'asservissement décortiqués à l'envi. La satire vise les moeurs de cette bourgeoisie qui n'apprécie la valeur des objets qu'à l'aune de ce qu'ils ont coûté. « Une tragédie burlesque, aux confins de l'atrocité et de la farce », disait André Bazin de l'adaptation de Jean Renoir. Cela vaut aussi pour celle de Benoit Jacquot, dont la mise en scène élégante et classique dérive peu à peu vers un onirisme noir. — Mathilde Blottière