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Jean Moulin-Klaus Barbie : la justice de l’Histoire, diffusion du mardi 03 avril 2018 à 00h30

Depuis le 21 juin 1943, date de l'arrestation de Jean Moulin à Caluire, le nom du chef de la résistance reste intimement lié à celui de son bourreau, le chef de la Gestapo Klaus Barbie. Leurs destins ont été, depuis 70 ans, parallèles dans l'oubli et dans la lumière de l'Histoire. A travers de grands événements : arrestation de Jean Moulin, entrée de ses cendres au Panthéon en 1964, procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987, Sylvie Cozzolino retrace, à l'aide de plusieurs interviews, documents d'archives et séquences reconstituées sous forme de fictions, les trajectoires du bourreau et de sa victime. Critique : Le piège de Caluire, le 21 juin 1943, aura constitué le point de rencontre de deux trajectoires jusqu'alors parallèles : celle de Jean Moulin, unificateur des mouvements de résistance, et de Klaus Barbie, chef de la Gestapo lyonnaise. Arrêté ce jour-là, le premier sera transféré à la prison Montluc, et torturé à mort par le second. Ce qui intéresse ici la réalisatrice n'est pas de retracer une nouvelle fois en détail ces parcours extrêmement connus, mais de scruter la manière dont ils se sont fait écho, se sont répondu au fil du temps, l'un renvoyant sans cesse à l'autre. Si les séquences de reconstitution, maladroitement mises en fiction, alourdissent l'ensemble, les témoignages d'historiens et de protagonistes (dont celui du fidèle Cordier, alors secrétaire de Jean Moulin) dessinent une réflexion pertinente sur l'appropriation progressive de la figure de Jean Moulin par la mémoire collective. Il aura fallu, en effet, attendre son entrée au Panthéon, en 1964, pour que Moulin soit célébré au plus haut niveau de l'Etat, après une longue période d'oubli, séquelle des dissensions internes de la Résistance et de l'amnésie d'après-guerre. Du début des années 1950 jusqu'au procès Barbie en 1987, le martyr de Caluire est revenu hanter la France au fur et à mesure que celle-ci apprenait à faire son travail de mémoire, et au gré des rebondissements des demandes d'extradition d'un Barbie réfugié en Bolivie. A travers ce document se dévoile la construction d'un mythe fédérateur, figure d'une Résistance idéale, qui s'est finalement imposé comme un socle de l'identité républicaine au xxe siècle. — Hélène Marzolf
